Freedom Fighter Española
Les F-5M de l’école de chasse de Talavera la Real.
   Dans la province d’Extremadura, proche de la frontière Portugaise, se trouve la base aérienne de Talavera la Real, fief des ‘Patas Negras’ de l’Ala 23. Cet escadron, responsable de la formation avancé des jeunes pilotes de chasse de l’Ejercito del Aire (Eda), est équipé, depuis 1970, de Northrop F-5M biplaces. Ces aéronefs sont les derniers représentants de la lignée des Freedom Fighter au sein de l’armée de l’air espagnole.

Les F-5 de l’Ejercito del Aire :
L’histoire des Freedom Fighter de l’Eda débuta à la fin des années cinquante lorsque le ministère de la Défense espagnol chercha un remplaçant pour ses F-86F Sabre vieillissant. Les discussions entre le constructeur américain Northrop et l’espagnol CASA (Construcciones Aeronauticas S.A.) débutèrent dès le mois de mai 1960, peu après que le Northrop N-156 (prototype du F-5) fut présenté aux autorités espagnoles. La signature du contrat entre les deux partenaires fut officialisée le 20 décembre 1965, puis ratifié par le gouvernement espagnol le 20 février 1966. Ce contrat prévoyait la construction sous licence par CASA de 70 F-5, à savoir 18 monoplaces SF-5A, 18 monoplaces de reconnaissance SRF-5A et enfin 36 biplaces d’entraînement SF-5B ainsi que le transfert complet de technologie vers l’industrie aéronautique locale. La production débuta par la fabrication des biplaces suivi des monoplaces et enfin par les ‘reco’. Le premier Freedom Fighter, le SF-5B CE.9-001, sorti des usines CASA de Madrid-Getafe le 11 mai 1968 et effectua son vol inaugural le 22 mai suivant. Comme tous les autres matériels utilisés par l’armée de l’air espagnole, les SF-5 reçurent une nouvelle désignation. Les SF-5A, SRF-5A et SF-5B furent respectivement renommés C.9, CR.9 et CE.9 dans un premier temps, ‘C’ voulant dire CASA, avant d’être redésignés, en 1978, A.9, AR.9 et AE.9. ‘A’ pour Ataque, ‘R’ pour Reconocimiento (reconnaissance) et ‘E’ pour Enseñanza (enseignement). Le chiffre 9 indique que le F-5 est le neuvième avion de combat mis en service par l’Ejercito del Aire depuis son indépendance en 1939. Les SF-5B (S pour Spain) reçurent alors les sérials AE.9-01 à AE.9-34, les SF-5A A.9-35 à A.9-52 et les SRF-5A AR.9-53 à AR.9-70.
La livraison des 70 machines fut assez rapide puisqu’elle s’étala du 19 juin 1969 au 20 décembre 1971. Si les F-5 monoplaces prirent le chemin de la retraite dès avril 2003, les biplaces, quant à eux, sont toujours en service en 2019. Ils firent cependant l’objet de plusieurs programmes de remises à niveau. Ces programmes avaient pour but de prolonger leur durée de vie tout en modernisant leur avionique, cela afin de faciliter la formation des jeunes pilotes et surtout leur transition vers les chasseurs plus modernes de l’Ejercito del Aire (Hornet/Typhoon).

Du SF-5B au F-5M :
La première modernisation des SF-5B, baptisée MLEP (Maintenance and Life Extension Programme), fut entreprise, en deux temps, entre 1988 et 1995. Tout d’abord, CASA apporta quelques modifications mineures au niveau de la structure et de l’avionique. Puis, suite à l’accident tragique du SF-5B AE.9-033 survenu le 28 avril 1989, celui-ci perdit une aile en plein vol suite à une faiblesse détectée au niveau de l’emplanture, il fut rapidement décidé d’aller plus loin dans la modernisation des F-5 et de leur apporter une remise à niveau beaucoup plus importante que prévu, notamment en ce qui concerne le renforcement de la structure. Ces travaux furent confiés à la société Bristol Aerospace Ltd basé à Winnipeg au Canada. Les améliorations touchèrent essentiellement les ailes et les jonctions ailes/fuselage ainsi que certains composants structurels internes qui furent repensés et renforcés. Un siège éjectable ‘zéro-zéro’, une nouvelle suite avionique et une nouvelle canopée, plus résistante aux collisions aviaires, furent également intégrés. Cette modernisation, appliquée sur les 22 SF-5B survivants, arriva à son terme en décembre 1995. Ainsi modernisés, les SF-5B furent rebaptisés SF-5B+.
En 1999, avec la modernisation des EF-18 Hornet et l’arrivée prochaine des EF-2000 Typhoon au sein de l’Ejercito del Aire, il devint nécessaire de moderniser une nouvelle fois la flotte des Freedom Fighter, bien que ces derniers aient été récemment remis à niveau. Cette fois-ci, les travaux furent confiés à la division Lahav de l’Israélien IAI (Israel Aircraft Industrie). Inspirée du programme AUP (Avionics Upgrade Programme) destiné aux T-38C Talon de l’US Air Force, cette modernisation, lancée à partir du 27 juin 2000, touchait l’avionique des SF-5B+ dans son intégralité. Elle comprenait entre autre, l’insertion de deux écrans multifonctions (MFD) à l’avant et à l’arrière et l’intégration d’un nouvel ordinateur de bord, d’un nouvel HUD (avec projection de l’image vers le poste-arrière) et de nouveaux systèmes de navigation et de communication. Cette refonte globale des 22 SF-5B+ donna naissance au F-5M. Le ‘proto’ de cette nouvelle version effectua son premier vol le 12 octobre 2001 et les premiers F-5M regagnèrent l’Ala 23 à partir du 11 juillet 2002.

Les Patas Negras, l’Ala 23 :
L’Ala 23 fut créé le 10 décembre 1953 sur la base de Talavera la Real. Équipé tout d’abord de Lockheed T-33A (03/1954 – 05/1973) et de North American F-86F Sabre (10/1958 – 06/1969), l’Ala 23 reçu ses premiers SF-5B Freedom Fighter le 12 décembre 1970. Sa mission est de former les jeunes pilotes de chasse, de leur enseigner les tactiques de combat et d’attaques sur avion à réaction et d’assurer leur transition opérationnelle avant leur affectation en escadron de combat. Mission qui n’est pas sans rappeler celle de l’École de Transition Opérationnelle (ETO) de l’armée de l’air stationnée sur la BA120 de Cazaux.
En 66 ans, cette école aura formé plus de 1500 pilotes de chasse. Actuellement, une dizaine d’élèves (les cadets) y sont formés chaque année (12 en 2019) parmi lesquels quelques pilotes étrangers, principalement Argentins. Fraichement émoulut de l'Académie de l'air de Murcia où ils y ont passé quatre années, dont deux sur avion-école T-35C et C-101, les élèves pilotes (les cadets) qui arrivent sur la base de Talavera vont y suivre une formation de 36 semaines comprenant un minimum de 113 heures de vol. Celle-ci débute le premier lundi de septembre pour se terminer le premier vendredi de juin ou le dernier vendredi de mai. En plus des tactiques de combat et d’attaque, les cadets vont également continuer leur formation dans les autres disciplines que sont le vol à très basse altitude, le vol en formation, le vol aux instruments et le vol de nuit. Aujourd’hui, l’Ala 23 s’appuie sur un effectif de 700 personnes dont 18 instructeurs parmi lesquelles figurent deux Argentins. Constituée des escadrilles 231 et 232, connus sous le nom des ‘Patas Negras’ (les pâtes noires), l’Ala 23 met en ligne les 19 derniers F-5M de l’Ejercito del Aire.

Remerciements au LtCol Marazuela ainsi qu’au bureau des relations publiques de l’Ala 23 pour leur disponibilité, pour avoir répondu à toutes nos attentes et pour l’organisation irréprochable de ces deux très belles journées passées sur la base de Talavera.

Texte & photo : Julien Gernez

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