L'Ecole de l'Aviation de Chasse
Une journée en immersion au sein de l'EAC 00.314, l'école de formation des pilotes de chasse.
   Pour tout pilote, voler est avant tout un rêve de gosse. Parmi ces rêveurs de la première heure, il y en a un certain nombre pour qui le Graal serait de prendre un jour les commandes d’un Rafale, l’avion de combat le plus sophistiqué et le plus polyvalent de l’Armée de l’Air. Mais avant d’en arriver à ce but ultime, il reste un long et difficile chemin à parcourir durant lequel chaque élève pilote devra suivre une formation stricte et exigeante. Une des phases de cette formation, le conduira à la prestigieuse École de l’Aviation de Chasse (EAC) 00.314 « Christian Martell », laquelle est le lieu de passage obligé pour tous les futurs pilotes de chasse de l’armée de l’air. C’est ici, sur la base aérienne 705 de Tours/Val de Loire, que les jeunes PIM prendront pour la première fois les commandes d’un avion à réaction, l’Alpha Jet.

L’EAC 314 :
Née à Marrakech en 1943, l’École de l’Aviation de Chasse est arrivée sur la BA705 en 1961, équipée à l’époque de Lockheed T-33 T-Birds et de Dassault MD-450 Ouragan. Soixante-quinze ans plus tard, sa mission reste inchangée, à savoir assurer la formation de tous les élèves pilotes de chasse et élèves navigateurs officiers systèmes d’armes qui formeront demain les équipages des avions de combat de l’armée de l’air. Une quarantaine d’élèves y sont formés chaque année, parmi eux quelques pilotes étrangers en provenance du Moyen-Orient (dernièrement du Koweït) ou bien d’Europe, l’EAC étant intégrée au sein de l’AJETS (Advanced Jet Training School), l’école de formation franco-belge créée en 2004. L’École de l’Aviation de Chasse compte aujourd’hui environ 270 personnes dont 27 instructeurs.
L’EAC 314 est constitué de trois escadrons : deux Escadrons d’Instruction en Vol, l’EIV 3/4 « Limousin » et l’EIV 3/13 « Auvergne » et l’Escadron de Standardisation et d’Evaluation (ESE) 4/11 « Jura » ou plus communément appelé STANEVAL pour STANndardisation et EVALuation.
Les EIV sont les escadrons de formation et, à ce titre, ils regroupent l’ensemble des élèves et leurs instructeurs.
Le STANEVAL est, de son côté, le garant de la qualité des formations dispensées au sein de l’EAC. Constitué d’une poignée d’instructeurs parmi les plus expérimentés de l’armée de l’air, sa mission est d’adapter les programmes de formation et les profils de missions, mais également de standardiser les process et méthodes de formation, employés par les instructeurs des EIV. Le but étant d’harmoniser l’approche pédagogique de ces derniers et ainsi d’harmoniser la formation des élèves quel que soit leur moniteur.
Actuellement, le parc aérien de l’école est constitué de 23 Alpha Jet E, appareils qu’elle met en service depuis près de quatre décennies. Certains de ces « Gadjet » ont reçu récemment une légère modernisation comprenant une nouvelle VHF et un nouvel IFF. Ces appareils sont reconnaissables grâce à la nouvelle antenne visible sous le fuselage à l’avant des entrées d’air. La grande majorité des vols s’effectuent en configuration lisse, c’est-à-dire sans réservoir externe. Ces derniers entraînent une traînée trop importante et augmentent donc considérablement la consommation de carburant. Dans une telle configuration, les Alpha Jet ont une autonomie comprise entre 1h et 1h15 de vol.

Premiers pas sur jet :
En arrivant à l’EAC de Tours, les jeunes PIM entrent dans la troisième phase de leur cursus de formation. Il y eut tout d’abord la Phase I d’initiation au vol sur Cirrus SR-20 à Salon de Provence suivi de la phase IIA sur le pilotage de base sur Grob 120 à Cognac puis de la phase IIB de pré-spécialisation chasse sur TB-30 Epsilon également à Cognac. Ici ils vont donc franchir une nouvelle étape et prendre pour la première fois les commandes d’un avion à réaction.
Il faut savoir que lors de leur formation au métier de pilote de chasse, les élèves sont évalués et notés en permanence. Ces notes sont consignées dans leur livret de progression sous la forme d’un tableau aux multiples couleurs (chacune correspondant à une note) appelé le « Picasso ».
Comme dans toute formation, celle-ci est constituée d’une partie pratique précédée par de nombreux cours théoriques, le tout étant ponctué de multiples séances sur simulateur. La théorie s’étale sur environ cinq semaines. Durant ce laps de temps, les élèves vont emmagasiner une quantité impressionnante d’informations. Tout y passe, réglementations, communications, procédures, sécurité, anglais et bien sûr l’Alpha Jet dans ces moindres détails. En effet, grâce à une cellule décortiquée et à des bancs dynamiques spécialisés, les circuits électrique et hydraulique, commandes de vol, systèmes avioniques, électroniques, ergonomie cockpit, siège éjectable et réacteur n’auront plus de secret pour eux. Pour l’anecdote, cette cellule serait en fait le E2 qui se crasha en Égypte le 16 septembre 1978 suite à une panne réacteur. Elle fut par la suite réparée pour servir à l’instruction.
La phase pratique débute par quelques vols d’accoutumances en backseat, en général trois, indispensable pour que le pilote puisse, entre autres, s’habituer au vol sur avion de chasse, au port du casque et du groin. S’ensuivent alors les vols depuis la place avant, soixante-dix sorties sont prévues, ce qui représente une centaine d’heures de vol. Les élèves vont y apprendre le pilotage de base de l’Alpha Jet, la navigation, le vol à basse altitude (500 ft) lors de vols mixtes, le vol IFR (vol aux instruments sous capote depuis la place arrière), le vol de nuit, la voltige « militaire » et le vol en formation à deux avions.
L’apprentissage au sein de l’EAC dure entre six et neuf mois. La réussite dans les différentes étapes de la formation est récompensée par la remise du brevet de pilote de chasse ou de navigateur officier système d'armes "chasse". Pour l’élève pilote de chasse, l’obtention de ce précieux macaron signifie qu’il est déclaré apte à poursuivre sa formation à l'École de Transition Opérationnelle (ETO) de Cazaux (phase IV) pour y assimiler cette fois-ci les principes du combat et du tir aérien.

Quel avenir ?
Avec « Cognac 2016 » qui est maintenant bien lancé, l’armée de l’air s’est engagée dans une profonde refonte de ses moyens et méthodes de formation et des lieux d’implantation des écoles de pilotes de chasse. La concrétisation de ce projet va entraîner, à l’horizon 2021, de grands bouleversements dans la formation des futurs pilotes de chasse de l’armée de l’air, avec la fusion des phases IIB et III (plus une petite partie de la phase IV) et l’intégration d’un nouvel appareil, le Pilatus PC-21 commandé à 17 exemplaires et dont les premiers seront vraisemblablement livrés cette année. Pour l’EAC, ce changement d’organisation signifie un déménagement de ses moyens de la BA705 vers la BA709 de Cognac et dans le même temps le remplacement de ses Alpha Jet par les nouveaux PC-21. Les Alpha Jet E actuellement en dotation seront alors reversés à l’ETO ou au 3/8 « Côte d’Or » de Cazaux.
D’ici trois ans, l’École de l’Aviation de Chasse va donc se transformer et se moderniser de manière significative et du même coup ouvrir un nouveau chapitre de son histoire.
 ​

Remerciement tout particulier à Ju ainsi qu'au patron de l'EAC pour l'organisation de cette visite, à Jean-Charles pour sa disponibilité et son aide précieuse et à tous les personnels croisés lors de cette journée pour l'accueil chaleureux.

Texte et photos : Julien Gernez

------------------------------
Back to Top