Trident Juncture 2015
La NATO Response Force à l'épreuve lors d'un exercice gigantesque.
   36 000 militaires, 4000 véhicules, 140 aéronefs, 60 navires et 7 sous-marins provenant de 34 nations, voilà comment nous pourrions résumer l'exercice Trident Juncture dont l'édition organisée du 3 octobre au 6 novembre 2015 était la toute première. Cela faisait plus d'une décennie, depuis "Strong Resolve" il y a treize ans pour être exact, qu'un exercice d'une telle ampleur n'avait pas été organisé par l'OTAN. Pour cette grande première, Trident Juncture (TJ15) vit donc l'engagement d'un nombre impressionnant d'unités terrestres, navales, aériennes et des forces spéciales déployées essentiellement depuis l'Italie, le Portugal et l'Espagne.

TJ15 :
La décision d'organiser un tel exercice, qualifié de "haute intensité", fut prise en 2012 lors du sommet de l'OTAN à Chicago. Placé sous le commandement du Général Hans-Lothar DOMRÖSE, commandant de la Joint Force Command de Brunssem (JFCBS), aux Pays-Bas, cet exercice très ambitieux et complexe nécessita deux années de travail préparatoire. Dans les grandes lignes, TJ15 visait à tester les capacités de la NRF (NATO Response Force) et tout particulièrement sa branche VJTF (Very High Readiness Joint Task Force), notamment au niveau de la planification, de la préparation, du déploiement et du soutien aux forces. La NRF est la force de réaction rapide de l'OTAN qui, en réponse à une crise n'étant pas placée sous l'article 5 des Nations-Unis, peut être déployé en n'importe quel point du globe dans un laps de temps assez court. De plus TJ15 visait à entrainer les forces de l'OTAN et de ces alliées dans une ambiance interarmes, interarmées et interalliées mais également à améliorer les procédures de travail entre l'OTAN et les organisations internationales (IOs), gouvernementales ou non (NGOs). Une douzaine d'entre elles telle la croix rouge, l'Union Européenne et l'Union Africaine participaient à l'exercice. Trident Juncture s'assurait que les forces et les organisations civiles présentes étaient capables de travailler et collaborer ensemble de manière efficace afin de répondre à n'im porte quelle situation de crise. 27 des 28 membres de l'OTAN ainsi que 7 nations partenaires que sont l’Australie, l'Autriche, la Suède, la Finlande, la Bosnie-Herzégovine, la Macédoine et l'Ukraine et enfin 18 nations observatrices comme la Russie y participaient. L'OTAN jouant la complète transparence durant l'exercice.
TJ15 se découpait en deux phases, le Command Post Exercise (CPX) du 3 au 16 octobre et le Live Exercise (LIVEX) du 21 octobre au 6 novembre. La phase CPX visait à entrainer, évaluer et certifier les capacités stratégiques et opérationnelles de la chaine de commandement de la NRF ainsi que les aptitudes de l'OTAN à travailler avec des acteurs extérieurs. La seconde phase, LIVEX, était la partie "live" de l'exercice avec engagement tactique des troupes dans un scénario fictif appelé SOROTAN.

LIVEX :
Cette phase tenait donc à entrainer les unités militaires terrestres, navales  et aériennes mais aussi les forces spéciales à travers un scénario complexe et intensif. Pour résumer, SOROTAN voyait un pays ami, nommé Lakuta, être soudainement envahi par une nation tierce violente appelée Kamon et possédant une force conséquente, agile et adaptable susceptible d'être en mesure de préparer des attaques à grande échelle, d'utiliser des armes balistiques, chimiques, biologiques, radiologiques ainsi que des moyens plus modernes comme la cyber-attaque. Sous mandat des Nations Unies, l'OTAN prit alors la tête des opérations afin de protéger et défendre Lakuta et ainsi gérer cette crise placée sous le chapitre VII de la charte des Nations-Unies. Les aspects politiques, économiques, sociaux ou encore religieux étaient également pris en compte dans ce scénario. C'est donc dans cet environnement complexe et très instable que les forces de l'OTAN s'entrainèrent pendant presque trois semaines depuis de nombreux camps, bases et ports militaires mis à disposition par l'Italie, le Portugal et l'Espagne. L'action se déroulait également sur et sous la Méditerranée et l'Atlantique avec des sous-marins et des bâtiments de surface dont les deux porte-avions mettant en œuvre des Harrier en Europe, le Juan Carlos espagnol et le Cavour italien. En ce qui concerne l'activité aérienne, pas moins de 140 aéronefs parmi lesquels des chasseurs, bien évidemment, mais aussi des avions de transport, des ravitailleurs, des avions de guet aérien et de patrouilles maritimes, des drones et des hélicoptères participaient à TJ15 et furent dispatchés sur divers bases aériennes. Durant l'exercice, toutes les opérations de guerre aérienne étaient commandées depuis le centre ITA/JFAC (Italian Air Force / Joint Force Air Component) de Poggio Renatico en Italie avec le soutien du HQ AIRCOM de Ramstein. L'éventail de missions organisées était très large et comprenait entre autres du transport tactique, parachutage, ISR (Intelligence, Surveillance and Reconnaissance), CAS (Close Air Suppo rt), PR (Personnel Recovery), SAR (Search And Rescue), DACT (Dissimilar Air Combat) et COMAO (Combined Air Operation).
La liste des appareils et des bases aériennes ayant pris part à TJ15 est extrêmement longue et il me serait impossible d'en faire un listing précis et détaillé. Nous pouvons tout de même nous arrêter plus précisément sur les aéronefs déployés, ou tout du moins visibles, sur la base aérienne espagnole de Zaragoza qui fut le hub central de commandement tout au long de Trident Juncture et qui ouvrit ses portes aux médias fin octobre.

Zaragoza Air Force Base :
La base aérienne de Saragosse est divisée en deux parties avec au Nord les Wing 15 sur EF-18 et 31 sur C-130 et au Sud les anciennes installations militaires américaines délaissées en 1992. Pour cet exercice, la base accueillait, sur l'immense parking côté Sud, plus de 1500 personnes et des appareils des forces armées américaine (US Army), tchèque, belge, espagnole et ukrainienne mais aussi, de façon plus ponctuelle, des armées canadienne et américaine (US Air Force). Ponctuelle car TJ15 était un exercice extrêmement vaste, impactant de nombreuses bases aériennes et touchant à toutes les missions auxquelles une coalition peut être confrontée lors d'une campagne aérienne. De ce fait de nombreux aéronefs n'effectuaient que quelques missions au départ de Saragosse avant de rejoindre une autre base, puis de revenir et ainsi de suite. Tout cela en fonction des missions prévues tel ou tel jour lors de l'exercice. La grande majorité des aéronefs stationnés à Saragosse était des hélicoptères, des avions de transports et quelques appareils d'appui-feu principalement utilisés dans des missions Search And Rescue, Personnel Recovery et aéroportées ainsi que quelques missions au profit des forces spéciales.
L'United States Army représentait à Zaragoza le plus gros détachement avec pas moins de 4 Chinook, 5 Apache, 7 Blackhawk et environ 200 militaires. Les Chinook, tous des CH-47F de dernière génération, provenaient du 1er Bataillon du 214 Sqn (1-214th AVN) basé à Ansbach en Allemagne tout comme les cinq hélicoptères d'attaque AH-64D Apache qui eux appartenaient au 2ème Bataillon du 159 Sqn (2-159th AVN). Deux d'entre eux étaient équipés du radar ANAPG-78 LONGBOW monté au-dessus du rotor principal. Côté Blackhawk, trois versions différentes étaient présentes sur les parkings. Trois UH-60M de transport, deux HH-60M configurés pour l'évacuation sanitaire "EVASAN" et également deux UH-60A(C) du SHAPE équipés de réservoirs de carburant externes destinés au transport VIP. La force aérienne tchèque déployait sur Saragosse six L-159A Alca d'appui-feu du 21 Wing de Cazlav ainsi que quatre Mil Mi-171Sh du 22 Wing de Namest supportés par environ 120 personnels. A noter que les tchèques essuyèrent quelques désagréments lors de l'exercice. Le 28 Octobre, un des L-159 fut victime d'une collision aviaire avec un vautour et rentra en emergency sur le terrain de Saragosse avec un gros trou dans le bord d'attaque de l'aile droite. Le 5 novembre, ce fut au tour d'un Mi-171Sh d'être victime d'une avarie lors d'un entraînement à San-Gregorio causant alors le crash de l'appareil et blessant sept militaires. Nos voisins belges participaient à TJ15 avec 45 militaires et 4 Agusta A-109 du 1 Wing de Beauvechain et l'Ejercito del Air, qui jouait à domicile, engageait six EF-18M Hornet de l'Ala 15 ainsi qu'un KC-130H Hercules de l'Ala 31. ​S'il y a bien une nation qui ne passa pas inaperçue durant l'exercice c'est bien l'Ukraine. Peu habituée à participer à des exercices OTAN et encore moins d'une telle ampleur, la force aérienne ukrainienne mit à contribution une vingtaine de personnes et un de ses Ilyushin Il-76MD Candid de la 25ème Brigade d'avions de transport (25 ОБрТрА) de Melitopol. Utilisé dans des rôles d'évacuation médicalisée (MEDEVAC) ainsi que pour le largage de parachutistes, cet appareil de transport lourd était équipé d'un système à double pont, les parachutistes prenant place sur deux niveaux. Saragosse vit également le passage de deux AS-532 Cougar de l'Army espagnole, d'un CC-130J-30 canadien du 436 Sqn de Trenton et surtout celui de quelques appareils de l'US Air Force dont deux CV-22B Osprey du 352nd SOG  / 7th SOS "Aircommandos" et un MC-130J du 352nd SOG  / 67th SOS "Night Owls" de RAF Mildenhall ainsi que deux C-130J-30 Hercules du 143rd AW / 143rd AS de la Garde National de Rhode Island basé à Quonset Point.

​Quelques mots sur la présence française dans TJ15. Bien qu'engagée de manière soutenue en OPEX, la France mobilisa tout de même des moyens assez conséquents. Depuis Zaragoza, l’armée de l’air envoya une antenne du service des essences des armées (SEA) et, toujours en Espagne, à Albacete, on trouvait trois Mirage 2000-5, un module Mamba, deux Crotale NG et un centre de détection et de contrôle Mobile. Trois bâtiments de surface de la Marine Nationale participaient aussi à l’exercice. Profitant de l'immense camp d'entrainement de San-Gregorio situé à moins de 10km à vol d'oiseau de la base, Saragosse était donc devenue une plaque tournante et une véritable vitrine de l'aérocombat et du savoir-faire de l'OTAN.
Au terme de TJ15, la JFCBS s'est vu certifié ses capacités opérationnelles qui l'amèneront à prendre officiellement la tête de la NRF, dans le courant de l'année 2016. La prochaine édition de Trident Juncture devrait avoir lieu en 2018 en Norvège, dans les eaux de la mer du Nord et de la Baltique, en d'autres termes, la prochaine édition se passera littéralement devant les portes de l'ours russe.

Un grand remerciement aux Media Center de l'OTAN et de TJ15 pour leur aide précieuse et leur disponibilité.

Texte & photo : Julien Gernez

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Bell Boieng CV-22B Osprey - US Air Force - 352nd SOG / 7th SOS "Aircommandos"

Mc Donnell Douglas AH-64D Apache Longbow - US Army - 2-159th AVN

Aero Vodochody L-159A Alca - Czech Air Force - 21.zTL / 212.tl

Lockheed C-130H Hercules - Spanish Air Force - Ala 31

Sikorsky HH-60M Blackhawk - US Army

Mc Douglas EF-18BM Hornet - Spanish Air Force - Ala 15

Ilyushin Il-76MD Candid - Ukraine Air Force - 25 ОБрТрА

Boeing CH-47F Chinook - US Army - 1-214th AVN

Aero Vodochody L-159A Alca - Czech Air Force - 21.zTL / 212.tl

Mc Donnell Douglas AH-64D Apache Longbow - US Army - 2-159th AVN

Mil Mi-171Sh Hip - Czech Air Force - 22.zL / 222.vrlt

Sikorsky UH-60A Blackhawk - US Army - Supreme Headquarters Allied Powers Europe (SHAPE)

Aérospatiale AS-532UL Cougar - Spanish Army - BHELMA III

Agusta A-109BA - Belgian Air Force - 1 Wing

Ilyushin Il-76MD Candid - Ukraine Air Force - 25 ОБрТрА

Mc Donnell Douglas AH-64D Apache Longbow - US Army - 2-159th AVN

Lockheed C-130H-30 Hercules - Spanish Air Force - Ala 31

Mc Donnell Douglas AH-64D Apache Longbow - US Army - 2-159th AVN

Mil Mi-171Sh Hip - Czech Air Force - 22.zL / 222.vrlt

Aero Vodochody L-159A Alca - Czech Air Force - 21.zTL / 212.tl

Sikorsky UH-60M Blackhawk - US Army

Lockheed MC-130J - US Air Force - 352nd SOG / 67th SOS "Night Owls"

Mc Donnell Douglas AH-64D Apache Longbow - US Army - 2-159th AVN

Mc Douglas EF-18M Hornet - Spanish Air Force - Ala 15

Agusta A-109BA - Belgian Air Force - 1 Wing

Boeing CH-47F Chinook - US Army - 1-214th AVN

Aero Vodochody L-159A Alca - Czech Air Force - 21.zTL / 212.tl

Aérospatiale AS-532UL Cougar - Spanish Army - BHELMA III

Mc Donnell Douglas AH-64D Apache Longbow - US Army - 2-159th AVN

Mil Mi-171Sh Hip - Czech Air Force - 22.zL / 222.vrlt

Lockheed C-130J-30 Hercules - Canadian Air Force - 436 Sqn "Elephant"

Mc Donnell Douglas AH-64D Apache Longbow - US Army - 2-159th AVN

Mc Donnell Douglas AH-64D Apache Longbow - US Army - 2-159th AVN

Mc Donnell Douglas AH-64D Apache Longbow - US Army - 2-159th AVN

Sikorsky HH-60M Blackhawk - US Army

Aero Vodochody L-159A Alca - Czech Air Force - 21.zTL / 212.tl

Bell Boieng CV-22B Osprey - US Air Force - 352nd SOG / 7th SOS "Aircommandos"

Sikorsky HH-60M Blackhawk - US Army

Lockheed C-130H-30 Hercules - Spanish Air Force - Ala 31

Mc Douglas EF-18M Hornet - Spanish Air Force - Ala 15

Mc Donnell Douglas AH-64D Apache Longbow - US Army - 2-159th AVN

Bell Boieng CV-22B Osprey - US Air Force - 352nd SOG / 7th SOS "Aircommandos"

Aero Vodochody L-159A Alca - Czech Air Force - 21.zTL / 212.tl

Mc Douglas EF-18BM Hornet - Spanish Air Force - Ala 15

Sikorsky HH-60M Blackhawk - US Army

Mil Mi-171Sh Hip - Czech Air Force - 22.zL / 222.vrlt

Mc Donnell Douglas AH-64D Apache Longbow - US Army - 2-159th AVN

Aero Vodochody L-159A Alca - Czech Air Force - 21.zTL / 212.tl

Lockheed C-130J-30 Hercules - US Air Force - 143rd AW / 143rd AS

Mc Douglas EF-18M Hornet - Spanish Air Force - Ala 15

Mc Douglas EF-18M Hornet - Spanish Air Force - Ala 15

Sikorsky UH-60A Blackhawk - US Army - Supreme Headquarters Allied Powers Europe (SHAPE)

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